Tuberculose, brucellose, fièvre aphteuse, cowdriose, dermatophilose, dermatose nodulaire… La deuxième journée de l’atelier consacré aux performances zootechniques a placé la maîtrise des maladies bovines au cœur des priorités de la SODEPA.
La performance d’un ranch commence par la santé de son cheptel. À la SODEPA, cette évidence prend désormais la forme d’une exigence opérationnelle. Le mercredi 16 septembre 2026, la deuxième journée de l’atelier de réflexion sur l’amélioration des performances zootechniques des ranchs a été consacrée à un enjeu majeur : mieux prévenir, mieux diagnostiquer et mieux prendre en charge les principales maladies qui affectent le cheptel bovin.
Pendant plusieurs heures, vétérinaires, techniciens et responsables des ranchs ont confronté leurs connaissances aux réalités du terrain. Au fil des communications et des échanges, une même nécessité s’est dégagée : harmoniser les pratiques sanitaires dans tous les ranchs et passer d’une gestion réactive des maladies à une véritable culture de prévention.
Sept maladies passées au crible
La journée a démarré par la restitution des travaux de la première journée. À la suite de cette présentation, M. Kameni Marcel, attaché chargé du suivi et du contrôle de gestion à la SODEPA, a recommandé que le rapport fasse ressortir clairement les différents exposés, leur nombre ainsi que les principales recommandations formulées.
Après la pause-café, place aux communications techniques.
Le Dr Abbo Ahmadou a ouvert le bal avec la tuberculose bovine. Maladie chronique et souvent silencieuse, elle peut notamment se manifester par un amaigrissement sévère. Son message est sans ambiguïté : dépister tôt, isoler rapidement et assainir durablement.
La brucellose bovine, présentée par le Dr Paule, a ensuite permis de rappeler les risques liés à cette maladie infectieuse et contagieuse, notamment les avortements tardifs chez les femelles et la mortalité néonatale précoce chez les veaux.
Même intervenante pour la troisième communication : la fièvre aphteuse. Dépression, hypersalivation, grincement des dents, pattes enflées… autant de signes qui doivent alerter. Les échanges ont surtout mis l’accent sur la quarantaine, la biosécurité et l’absence de traitement spécifique contre le virus.
Des expériences de terrain qui parlent
L’originalité de cette deuxième journée aura également résidé dans la confrontation entre les données techniques et les expériences vécues dans les ranchs.
À Faro, les responsables ont fait état de cas de fièvre aphteuse observés après certaines mises-bas et partagé les pratiques utilisées pour la prise en charge des lésions.
À Ndokayo, M. Bouba, chef de campement, a signalé l’apparition de plaies à la base des cornes chez certains animaux, suscitant de nouveaux échanges avec les spécialistes.
Ces témoignages ont permis de faire ressortir une réalité : les pratiques de prise en charge ne sont pas toujours uniformes d’un ranch à l’autre.
C’est précisément sur ce point que le Directeur général de la SODEPA, M. Denis Koukagna Koutou, a insisté après son arrivée à 11h40.
« Il faut harmoniser »
La question sanitaire ne peut être efficacement maîtrisée si chaque ranch applique ses propres méthodes.
Dr Andu Walter, le directeur de la Division de Production et de Commercialisation (DPC), a ainsi plaidé pour une harmonisation de la prise en charge de la fièvre aphteuse et des autres pathologies. Pour la brucellose, le dépistage systématique apparaît comme un passage incontournable.
Autre recommandation forte : aménager des parcs d’isolement pour les animaux malades.
M. Aladoum Théodore, chef de la Division du Contrôle et Audit Interne (DCAI), a, pour sa part, appelé à formaliser les bonnes pratiques et les expériences partagées au cours de l’atelier afin qu’elles deviennent de véritables références opérationnelles.
Le Directeur général a poussé plus loin la réflexion en invitant les groupes de travail à se pencher sur la notion de quarantaine nationale.
Une question a particulièrement retenu l’attention des vétérinaires : comment s’assurer qu’un animal a réellement été déparasité ou qu’un environnement initialement infecté a effectivement été assaini ?
Cowdriose : le cas de Dumbo interpelle
La quatrième communication, consacrée à la cowdriose présentée par le Dr Astadicko Bouko’o, médecin vétérinaire à la SODEPA, a constitué un autre temps fort.
Transmise principalement par les tiques, cette maladie peut provoquer fièvre, tremblements et troubles nerveux. Elle est particulièrement signalée dans certaines zones, notamment à Dumbo.
Face aux témoignages des responsables des campements sur les difficultés de traitement, le Directeur général a posé une question directe : pourquoi ne pas chercher à éliminer complètement la maladie ?
La réponse du Dr Asta a permis de rappeler les mécanismes d’immunité et les limites d’une stratégie d’éradication totale.
Pour le représentant de la CAPEF, chef de la Division de la Promotion Économique, Dr Adjelakara Mossus Jean Blaise, la maîtrise sanitaire doit également s’appuyer sur des capacités d’analyse renforcées. D’où la proposition de réfléchir à la mise en place d’un laboratoire d’analyse des denrées, notamment pour accompagner les démarches de certification.
DNC : Vaccination, quarantaine et bio sécurité
La dermatophilose bovine, puis la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ont complété le tableau des principales pathologies examinées.
Pour la DNC, les participants ont identifié plusieurs leviers : vaccination, lutte antivectorielle, biosécurité, quarantaine et surveillance.
Parmi les propositions formulées figurent la généralisation des campagnes de vaccination et le renforcement du respect des protocoles de quarantaine, notamment pour les cas signalés à Dumbo et Faro.
L’objectif est de ne plus attendre que la maladie se propage pour agir.
Changer de modèle pour changer les résultats
Au-delà des maladies, les échanges ont progressivement ouvert une réflexion plus large sur le modèle d’exploitation des ranchs.
Le Directeur général a rappelé l’ambition d’aller vers une exploitation semi-intensive avec une fonction de naisseur, ce qui implique nécessairement une transformation des méthodes de travail.
Eau, énergie, habitat, organisation des campements, suivi sanitaire : chaque composante doit désormais être pensée dans une logique de performance.
Le représentant du MINEPIA, M. Ousmaïla, a ainsi recommandé d’identifier les principales contraintes sanitaires qui affectent les bovins et de faire recenser, dans chaque ranch, l’ensemble des problèmes de santé animale afin de construire un calendrier structuré des soins et interventions.
Trois ranchs, un même objectif
Après une courte pause, les participants sont passés à l’action.
Trois groupes de travail, représentant Faro, Ndokayo et Dumbo-Jakiri, ont été constitués autour de deux axes majeurs :
– la prise en charge de la tuberculose bovine, de la brucellose, de la fièvre aphteuse, de la cowdriose, de la dermatophilose et de la DNC ;
– l’élaboration des calendriers de surveillance sanitaire, de soins et de passage au bain.
Pendant plus d’une heure, les expériences ont été confrontées et les solutions recherchées.
Un cas pratique qui rappelle l’urgence
La journée s’est finalement achevée sur une situation concrète.
Un bovin en détresse, tremblant et couché au sol, a été soumis à l’observation des techniciens. Le diagnostic posé est celui d’une cowdriose sévère. Les spécialistes ont estimé les chances de survie de l’animal à moins de 10 %.
De Dumbo à Jakiri, de Faro à Ndokayo, les avis ont convergé sur la gravité du cas.
Cette situation aura eu le mérite de rappeler, de manière concrète, que derrière les protocoles, les statistiques et les présentations techniques se trouve une réalité quotidienne : la santé du cheptel conditionne directement la performance des ranchs.
De la réflexion à l’action
La troisième journée s’ouvrira avec la restitution des travaux des groupes.
Mais déjà, les contours d’une nouvelle approche se dessinent : prévenir plutôt que subir, dépister avant la propagation, isoler rapidement, harmoniser les traitements et suivre rigoureusement chaque animal.
À travers cet atelier, la SODEPA entend ainsi faire de la maîtrise sanitaire non plus une intervention ponctuelle, mais un pilier durable de la modernisation de ses ranchs et de l’amélioration de leurs performances zootechniques.
