À travers son nouvel essai consacré aux relations entre Kotoko, Arabes Choa et Musgum, le Dr Mahamat Abani propose une lecture historique, sociale et foncière des dynamiques de conflit et de coexistence dans le Nord-Cameroun.
La salle des actes de la commune de Kousseri a accueilli, le samedi 26 septembre 2026, la cérémonie de dédicace du nouvel ouvrage du Dr Mahamat Abani, intitulé « Les Uns et les Autres : Comprendre les Logiques d’Affrontement et les Dynamiques de Cohabitation entre Kotoko, Arabes-Choa et Musgum au Nord-Cameroun », publié aux Éditions Shhabba Abuh.
La cérémonie a réuni universitaires, enseignants, autorités administratives, traditionnelles et religieuses, ainsi que de nombreuses élites et personnalités du Logone-et-Chari. Autour de l’auteur, un panel composé de Madame Aissata et du Dr Amine a permis d’engager des échanges sur les questions mémorielles, sociales et communautaires qui traversent cette partie du pays.
Comprendre les racines des affrontements
Dès les premières pages de son essai, le Dr Mahamat Abani pose une interrogation majeure : pourquoi les crises intercommunautaires se sont-elles particulièrement accentuées à partir des années 1980, alors que les populations concernées partagent depuis plusieurs décennies un même espace de vie ?
L’auteur relève notamment l’évolution du discours public dans le département du Logone-et-Chari, avec l’apparition et la multiplication de termes tels que conflit, conflictualité, guerre et affrontement, progressivement associés aux identités ethniques et communautaires.
L’ouvrage invite ainsi à dépasser les lectures exclusivement identitaires des crises pour s’intéresser aux mécanismes historiques, économiques, sociaux et institutionnels qui contribuent à leur émergence.
Le foncier et l’accès aux ressources au cœur de l’analyse
Au cœur de l’essai se trouve une question essentielle : comment des communautés ayant partagé pendant des générations un même territoire, des ressources, des échanges commerciaux et des expériences historiques communes peuvent-elles être confrontées périodiquement à des violences meurtrières ?
Selon l’analyse développée par l’auteur, les affrontements ne peuvent être expliqués uniquement par une opposition ancestrale entre communautés. Ils sont notamment liés à la compétition autour du foncier et de l’accès aux ressources naturelles, à laquelle peuvent s’ajouter des facteurs administratifs et politiques.
Pour rendre compte de cette complexité, le Dr Mahamat Abani adopte une approche pluridisciplinaire qui croise histoire, sociologie, politique, administration et réalités locales.
Une radiographie de la cohabitation dans le bassin du Lac Tchad
Structuré en quatre chapitres, l’ouvrage revient d’abord sur l’installation historique des populations autour du bassin du Lac Tchad, notamment dans l’arrondissement de Logone-Birni et dans la ville de Kousseri.
L’auteur examine ensuite les continuités et les ruptures qui ont marqué les relations entre les différentes communautés, avant d’analyser les réponses apportées par les acteurs politiques, traditionnels, militaires et humanitaires.
Une attention particulière est accordée aux mécanismes locaux de résolution des différends. Si la tradition du dialogue autour d’une même table constitue un acquis important, l’auteur en souligne également les limites et appelle à repenser les approches de prévention et de gestion des conflits.
Les récits et les perceptions, autres terrains de la conflictualité
L’essai s’intéresse également à la dimension immatérielle des affrontements. La violence ne se manifeste pas uniquement sur le terrain : elle se construit et se propage aussi à travers les discours, les représentations et les récits du quotidien.
Cette dimension mémorielle et narrative constitue, pour l’auteur, un élément essentiel pour comprendre la persistance des tensions et envisager des mécanismes durables de rapprochement entre les communautés.
Pour une nouvelle culture de la cohabitation
En conclusion, le Dr Mahamat Abani présente la cohabitation entre Kotoko, Arabes Choa et Musgum comme un équilibre fragile, constamment soumis à la négociation et à la nécessité de préserver le vivre-ensemble.
Pour sortir du cycle des crises, deux défis majeurs sont mis en avant : dépasser la logique de méfiance en considérant l’autre comme un partenaire et assumer pleinement l’idée d’un destin partagé.
Contraintes par l’histoire et la géographie à partager le même espace, les communautés du Logone-et-Chari sont ainsi appelées à construire une perspective commune fondée sur le dialogue, la concorde et la responsabilité collective.
« Comprendre pour mieux vivre ensemble »
À travers cet essai, le Dr Mahamat Abani apporte une contribution au débat sur les dynamiques communautaires dans le Grand-Nord du Cameroun et dans le bassin du Lac Tchad. L’ouvrage entend surtout encourager une meilleure compréhension des mécanismes à l’œuvre dans les conflits afin de nourrir les réflexions sur la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
