Transhumance, alimentation du cheptel, génétique, identification animale, digitalisation, sécurisation financière et gouvernance : la quatrième et dernière journée de l’atelier de réflexion sur l’amélioration des performances zootechniques des ranchs de la SODEPA a ouvert la voie à une nouvelle dynamique de modernisation.
Après quatre jours d’échanges, de présentations et de travaux en groupes, l’heure était à la restitution et à la mise en perspective. Pour la société de développement et d’exploitation des productions animales (SODEPA), l’enjeu est désormais clair : transformer les constats de terrain en actions concrètes pour réduire la mortalité, accroître la productivité et améliorer durablement les performances des ranchs.
Transhumance : mieux encadrer les mouvements du bétail
Les restitutions consacrées aux ranchs de Faro et de Dumbo ont permis de mettre en lumière plusieurs problématiques spécifiques aux zones d’élevage.
À Dumbo, la proximité avec la frontière nigériane pose notamment la question de la gestion de la transhumance. Le Directeur de la Division de Production et Commercialisation (DPC) a distingué deux situations : la transhumance autorisée et la transhumance non autorisée.
La réflexion porte désormais sur la recherche de mécanismes permettant d’encadrer ces différents mouvements, notamment à travers une meilleure organisation locale et la définition de quotas adaptés.
À Faro, les échanges ont également insisté sur l’importance de renforcer la communication interne. Au-delà des concertations avec les autorités locales, les responsables de ranch sont appelés à développer davantage les échanges avec leurs collaborateurs.
Alimentation : sortir de la gestion au jour le jour
La présentation du ranch de Ndokayo a remis au centre des discussions une question déterminante : comment garantir durablement l’alimentation du cheptel ?
Les participants ont notamment clarifié la différence entre complémentation et supplémentation alimentaire. Foin, blocs à lécher, sel et pierre à lécher figurent parmi les éléments de complémentation, tandis que le tourteau et le maïs peuvent notamment intervenir dans la supplémentation.
La gestion des pâturages et des pare-feux a également fait l’objet d’échanges.
Mais pour le Directeur Général, Denis Koukagna Koutou, la question dépasse la seule disponibilité des ressources. Elle exige surtout une planification rigoureuse de la production, du stockage et de la gestion du foin.
L’objectif : rompre avec les pratiques anciennes et inscrire la gestion alimentaire des ranchs dans une logique d’anticipation et de performance.
Cartographie : mieux connaître les espaces pour mieux les valoriser
Les travaux ont également bénéficié d’un éclairage cartographique présenté par M. Sanda, cartographe de la SODEPA.
Des images des sites d’Afanloum, Ndokayo, Djohong et Faro ont permis aux participants de visualiser les espaces, les zones aménagées et les différents projets en cours.
À Afanloum, environ 95 hectares de zones ont notamment été défrichés et dessouchés. Le site est situé à proximité de Mbandjock et Nkoteng.
À Djohong, le périmètre agropastoral présenté est estimé à environ 62 000 hectares.
À Faro, plusieurs projets ont été évoqués, notamment le PDCVEP, le centre d’embouche et Incantema.
Une cartographie qui permet de mieux mesurer le potentiel des ranchs et d’éclairer les choix futurs en matière d’aménagement et de développement.
Digitalisation : la SODEPA prépare ses ranchs à une nouvelle étape
Autre temps fort de cette dernière journée : la présentation de M. Zogo, chef de service de la programmation et des projets de la SODEPA, sur la digitalisation des données et la traçabilité.
Pourquoi digitaliser ? Comment le faire ? Quels outils pour la SODEPA ? Quelles perspectives ?
Autant de questions abordées au cours de cette communication qui place le numérique au cœur de la modernisation des ranchs.
La digitalisation doit notamment permettre de mieux stocker, traiter, rechercher, partager et exploiter les données relatives aux activités d’élevage.
Dans le cadre du PIISAH, les chefs de campements ont d’ailleurs bénéficié d’une démonstration pratique de la tablette qui leur sera prochainement mise à disposition. M. Zogo a présenté l’interface et les principales fonctionnalités de l’outil.
À terme, l’ambition est de disposer de données plus fiables et accessibles, permettant de mieux suivre les animaux, les opérations et les performances.
Identification animale : la traçabilité comme nouvel impératif
La question de l’identification des animaux a également suscité des échanges nourris.
Le Dr Kwenye Joseph, directeur du ranch de Dumbo, a notamment relevé des difficultés liées à l’illisibilité de certains codes d’identification, tandis que le directeur du ranch de Ndokayo, M. Yaya Alioum a signalé la chute de certaines boucles.
Des problèmes techniques qui peuvent compromettre la qualité du suivi individuel des animaux et qui appellent donc des réponses adaptées.
Pour M. Bikoro Benoît, sous-directeur technique et directeur du ranch de Faro, la présence des chefs de campement à cet atelier était particulièrement importante. Elle doit leur permettre de mieux comprendre les enjeux liés aux fiches d’identification et à la traçabilité du cheptel.
Gouvernance : sécuriser les recettes et renforcer le contrôle
La modernisation des ranchs passe également par une meilleure gouvernance.
Les travaux du quatrième groupe, présentés par M. Nkou Pierre, sous-directeur financier du budget et du matériel, ont porté sur la sécurisation du circuit financier.
La nécessité d’une meilleure traçabilité des ventes et des recettes a été rappelée, avec notamment l’interdiction de l’utilisation ou de l’encaissement personnel des recettes.
Un délai de six mois a été annoncé pour mettre fin progressivement à la perception d’argent liquide dans les boucheries et autres abattoirs concernés.
Dans le même esprit, M. Aladoum, responsable de la Division du Contrôle et de l’Audit interne à la SODEPA, a présenté les mécanismes de contrôle interne, de suivi et d’évaluation.
Le suivi, a-t-il rappelé, doit être quotidien sur le terrain afin d’accompagner les activités, mesurer les résultats et identifier rapidement les éventuels écarts.
En clôturant les travaux, le Directeur Général de la SODEPA a fixé le cap.
Réduire la mortalité animale, accroître la productivité et revoir la composition du cheptel figurent parmi les priorités mises en avant.
Mais au-delà des performances zootechniques, c’est une nouvelle culture de gestion qui est recherchée.
La digitalisation doit désormais permettre de renforcer la responsabilité et la traçabilité des actions.
« Si on veut responsabiliser les gens, il faut savoir qui a fait quoi. »
Le Directeur Général s’est dit satisfait de la tenue de cet atelier et des échanges engagés avec les responsables de ranchs, les chefs de campement, les services techniques et les différents partenaires.
Une nouvelle étape pour les ranchs de la SODEPA
Au terme de quatre jours de réflexion, un constat s’impose : la performance des ranchs ne repose pas sur un seul facteur.
Elle dépend à la fois de la santé animale, de la génétique, de l’alimentation, de la gestion des pâturages, de la reproduction, de la traçabilité, de la qualité des données et de la gouvernance.
L’atelier aura permis de croiser les expériences, d’identifier les difficultés et surtout de dégager des pistes de solutions.
Désormais, l’enjeu est de passer des recommandations à l’action, avec un suivi régulier des engagements pris.
Pour la SODEPA, cette clôture ne marque donc pas une fin. Elle ouvre une nouvelle étape vers des ranchs plus performants, mieux structurés, plus traçables et résolument tournés vers la modernisation de l’élevage.
