À Rome, le Cameroun a réaffirmé son engagement en faveur de l’approche « Une seule santé » et appelé à une meilleure articulation entre investissements nationaux, coordination régionale et financement durable des services vétérinaires.
À l’occasion de la Conférence mondiale sur l’application de l’approche « Une seule santé » dans les systèmes agroalimentaires, organisée par la FAO à Rome, le Cameroun a porté un message axé sur la nécessité de traduire les normes et engagements internationaux en actions concrètes sur le terrain.
Représentant le Cameroun, le Dr Taïga, Ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales, a rappelé l’interdépendance entre la santé humaine, la santé animale, la santé végétale et la protection de l’environnement.
Selon le Ministre, les référentiels internationaux, notamment le Codex Alimentarius, les normes de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), les normes phytosanitaires et le Règlement sanitaire international, constituent un cadre commun pour prévenir et gérer les risques sanitaires tout au long des chaînes agroalimentaires.
Vingt ans d’expérience dans la lutte contre les zoonoses
Situé au cœur du bassin du Congo et caractérisé par cinq zones agroécologiques, le Cameroun est confronté à divers risques sanitaires liés notamment aux zoonoses.
Le Ministre a rappelé que les épisodes d’anthrax et la mortalité de grands singes observée dans la Réserve du Dja en 2005 ont contribué à renforcer la réponse nationale face aux zoonoses émergentes et réémergentes, notamment à travers les initiatives issues du programme « Emerging Pandemic Threats ».
Cette dynamique a progressivement conduit à la mise en place d’une architecture institutionnelle dédiée, avec notamment le Programme national de prévention et de lutte contre les zoonoses émergentes et réémergentes (PNPLZER), qui constitue la plateforme nationale « Une seule santé », sous la supervision des Services du Premier Ministre et avec la participation de plusieurs administrations.
Le dispositif est également soutenu par un système national de normalisation piloté par l’Agence des Normes et de la Qualité (ANOR), ainsi que par les services vétérinaires, le Laboratoire national vétérinaire, le Réseau d’épidémiosurveillance animale (RESCAM) et le Centre de coordination des urgences en santé animale.
Des investissements nationaux qui produisent des résultats
Dans son intervention, le Ministre a également mis en avant les investissements consentis par le Cameroun dans le développement de l’élevage et particulièrement dans la santé animale.
À travers le Projet de développement de l’élevage (PRODEL), financé notamment grâce à des ressources mobilisées auprès de la Banque mondiale, le pays a renforcé ses interventions en matière de santé animale et d’appui aux producteurs.
Ces investissements ont notamment permis la vaccination gratuite de la quasi-totalité du cheptel ovin et caprin pendant trois années successives, contribuant ainsi aux progrès réalisés dans la lutte contre la peste des petits ruminants (PPR).
L’évaluation nationale réalisée au moyen du Processus de suivi et d’évaluation des performances des services vétérinaires (PMAT) situe le Cameroun au stade 3, témoignant des progrès accomplis dans la perspective de l’éradication de la PPR.
Le Ministre a également souligné la contribution du secteur vétérinaire privé. L’appui public à l’installation d’une centaine de docteurs vétérinaires en clientèle privée a permis de densifier l’offre de services vétérinaires et de renforcer l’accompagnement des producteurs.
Préserver les acquis par une coopération transfrontalière renforcée
Pour le Cameroun, la préservation de ces acquis passe désormais par la consolidation des investissements nationaux et par une meilleure coordination avec les pays voisins.
La mobilité pastorale et le commerce du bétail favorisent en effet les mouvements transfrontaliers d’animaux. Dans ce contexte, les efforts engagés au niveau national restent exposés lorsque les dispositifs de surveillance, de prévention et de contrôle sanitaire ne bénéficient pas d’un niveau de financement suffisant dans les territoires voisins.
Le Cameroun appelle ainsi à une approche régionale permettant de sécuriser les investissements réalisés au niveau national et de mieux maîtriser les risques sanitaires transfrontaliers.
Trois engagements pour une action collective
Depuis Rome, le Cameroun a proposé trois engagements complémentaires.
Premièrement, maintenir les financements nationaux consacrés à la vaccination, à la surveillance épidémiologique, au diagnostic et à la fourniture des services vétérinaires, y compris au-delà de la clôture des projets.
Deuxièmement, renforcer le financement des actions coordonnées avec les pays voisins, avec une attention particulière portée aux communautés pastorales et aux mouvements transfrontaliers d’animaux. Cette coordination doit reposer sur des ressources dédiées, des responsabilités clairement définies et un suivi conjoint.
Troisièmement, réunir les États et les partenaires financiers autour de plans d’investissement complémentaires permettant d’identifier les ressources disponibles, les déficits de financement et les résultats mesurables attendus.
Dans cette dynamique, l’UA-BIRA, le PAPS et les Communautés économiques régionales peuvent contribuer à l’alignement des interventions avec les partenaires internationaux, notamment la FAO et l’OMSA.
Vers une approche « Une seule santé » davantage opérationnelle
Le programme conjoint consacré à la peste des petits ruminants et à la fièvre aphteuse constitue, par ailleurs, une opportunité de renforcer les capacités vétérinaires communes, tout en maintenant des objectifs spécifiques pour chacune de ces maladies.
À travers sa participation à cette conférence mondiale, le Cameroun réaffirme ainsi que la mise en œuvre de l’approche « Une seule santé » repose autant sur l’existence de normes internationales que sur la capacité des États à les traduire en interventions concrètes, financées et coordonnées.
Le message porté par le Cameroun à Rome est donc celui d’une responsabilité partagée : investir durablement dans la santé animale, maintenir l’appui aux services vétérinaires et renforcer la coopération régionale afin de protéger les acquis nationaux et contribuer à la résilience des systèmes agroalimentaires.
