Le Mauritanien l’a emporté face à quatre autres candidats après trois tours de scrutin. Il va succéder au Nigérian Akinwunmi Adesina arrivé au terme d’un bail de 10 ans à la tête de l’institution.

Après trois tours intenses, marqués par des équilibres géopolitiques subtils et des choix mûrement pesés, la Banque africaine de développement (BAD) tient son nouveau président.
Le Mauritanien Sidi Ould Tah, ancien patron de la BADEA, a été élu à la tête de l’institution continentale avec 76,18 % des voix au troisième et dernier tour, dont une majorité confortable de 72,37 % des votes régionaux.
Cette victoire nette consacre un parcours discret mais résolument panafricain.
Le scrutin, tenu à huis clos mais suivi de près par les capitales africaines et les partenaires au développement, s’est déroulé en plusieurs étapes. Cinq candidats étaient en lice au premier tour. Le Zambien Samuel Maimbo était alors arrivé en tête avec 40,41 % des suffrages, suivi de près par Sidi Ould Tah (33,21 %) et le Sénégalais Amadou Hott (17,62 %).
Dès cette première manche, le candidat mauritanien s’était distingué par un ancrage régional fort : 47,03 % des votes émanant des pays africains.
Au second tour, la dynamique s’est clairement inversée. Sidi Ould Tah a creusé l’écart avec 48,41 % des suffrages totaux, contre 36,68 % pour Maimbo, confirmant un soutien croissant, notamment dans les zones sahéliennes et ouest-africaines.
Son score régional a alors atteint 68,42 %, signal clair d’un choix assumé par les États africains eux-mêmes. La Sud-Africaine Busisiwe Tshabalala avait été éliminée à cette étape avec 5,90 %, tout comme Amadou Hott (9,02 %), victime d’une fragmentation sous-régionale.
Au-delà des chiffres, ce vote exprime un besoin profond : celui de reconnecter la BAD à ses racines africaines tout en gardant la confiance des bailleurs non régionaux.
Le profil de Sidi Ould Tah coche plusieurs cases. Docteur en économie, formé aux États-Unis et au Maroc, il a dirigé pendant près de dix ans la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique, où il a multiplié les projets structurants dans des pays souvent négligés par les grands flux financiers.
À la tête de la BAD, il devra répondre à une triple attente : relancer l’investissement dans les infrastructures vertes, renforcer l’intégration économique entre régions, et garantir la viabilité financière d’une institution exposée à des risques croissants.
Il lui faudra aussi jouer finement avec les rapports de force internes, tout en préservant le rôle moteur de la BAD dans un environnement mondial de plus en plus incertain.
Le vote de ce 29 mai ne marque donc pas seulement une élection. Il ouvre un nouveau chapitre pour une Afrique qui veut reprendre la main sur ses leviers de développement, avec à sa tête un homme de consensus, d’expérience, et surtout de terrain.
