Quelles sont les chances de médailles pour l’athlétisme africain aux Jeux olympiques du mois prochain à Paris ? On pensait qu’on y verrait plus clair à l’issue des Championnats d’Afrique d’athlétisme, qui viennent de se tenir à Douala, au Cameroun. Malheureusement, ces championnats ont été gâchés par une organisation défaillante. Alors, RFI fait le point ce 27 juin avec la championne olympique camerounaise Françoise Mbango, qui a gagné deux médailles d’or au triple-saut, en 2004 et en 2008. Elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier

La Camerounaise Françoise Mbango, championne olympique en titre du triple saut. © Olivier Morin AFP
RFI : Françoise Mbango, il y a 3 ans, aux JO de Tokyo, l’athlétisme africain a gagné 23 médailles. Est-ce que les athlètes africains de cette année peuvent faire encore mieux ?
Françoise Mbango : Alors, c’est mon souhait. Vous savez, en courses de fond et demi-fond, les Africains ont toujours su se démarquer. Nous avons par exemple au marathon, dans la course de fond, le Kényan Eliud Kipchoge, l’Éthiopien Selemon Barega au 10 000 mètres et le Marocain Soufiane el-Bakkali, au 3000 mètres steeple. Pour les femmes dans les courses de fond, effectivement, il y aura la Kényane Faith Kipyegon au 5000 mètres et 1500 mètres et la Kényane Mary Moraa au 800 mètres. Bon, bien entendu, au sprint masculin, je ne peux pas ignorer la performance du Camerounais qui a fait de très bonnes performances [Emmanuel Eseme, NDLR]. Et évidemment le Botswanais Letsile Tebogo, le Sud-Aricain Akani Simbine et le Kényan Ferdinand Omanyala.
Vous parliez de votre compatriote camerounais, Emmanuel Essemé, qui est arrivé 2e sur 100 mètres. Mais c’est le Libérien Joseph Fahnbulleh qui a gagné samedi dernier à Douala. C’est aussi un bel espoir. Et dans le sprint féminin ?
Dans le sprint féminin, je suis totalement avec (l’Ivoirienne) Marie-Josée Ta Lou qui a les capacités de faire quelque chose de bien.
Et il y a bien sûr sa compatriote ivoirienne Maboundou Koné ?
Oui, elle aussi, est capable de réaliser de belles performances. Maintenant, la capacité est d’aligner à chaque fois des courses pour donner le meilleur en finale.
Et il y a bien sûr la Gambienne Gina Bass et la Libérienne Maia McCoy. Est-ce que les sprinteuses ivoiriennes ont un coup à jouer sur le 4 x 100 mètres ?
Oui, elles ont vraiment leurs places en finale. Maintenant, la transmission du témoin, les réglages, ça, ce sera leur premier adversaire qu’il va falloir véritablement gérer au millimètre, au centimètre près.
Vous avez donné au Cameroun deux médailles d’or olympiques en triple saut. Quelles sont les chances aujourd’hui de votre jeune héritier burkinabè Hugues Fabrice Zango ?
Alors, il a toutes les chances, vraiment, de pouvoir réitérer ses grosses performances lors de ces Jeux olympiques et s’adjuger le titre olympique. Il a ça dans ses jambes, il a tout simplement besoin d’arriver à cette compétition-là frais, reposé, pas stressé, totalement en forme. Parce que, pour moi, physiquement, il est prêt. Il a juste besoin vraiment de maintenir cette force-là et d’arriver avec cette hargne et peut-être pourquoi pas titiller le record. C’est un champion.
À vos propres jeux olympiques vous vous êtes surpassé ?
Exactement tous mes records ont été réalisés au finales olympiques. Pour ma part c’était vraiment être au top de ma forme le jour de la finale olympique, Pas avant. Je pense que Fabrice Zango est un triple sauteur de compétition et ces meilleures performances ont toujours été réalisées lors des grands rendez-vous.
Françoise mbango, les championnats d’Afrique d’athlétisme qui viennent de se tenir à Douala au Cameroun non pas été le tremplin espéré par les athlètes africains pour les jeux olympiques de Paris. Pourquoi cette défaillance ?
C’est dommage que quand on parle d’athlétisme au Cameroun, Que ce soit aussi négatif. les organisateurs ont du mal à accepter qu’ils n’ont pas toujours la compétence pour faire ce genre d’organisation. Je ne pense pas que les championnats d’Afrique ont été organisés dans l’expertise de malfaire. Mais le fait que ça n’a pas été bien fait prouve qu’il n’y a pas assez de compétences sur l’organisation. Il manque l’expertise humaine pour bien planifier les compétitions.
Il y a 2 ans le Cameroun avait réussi l’organisation de sa Coupe d’Afrique de football pourquoi n’a-t-il pas réussi cette année son championnat d’Afrique d’athlétisme ?
Tout simplement parce que les acteurs de l’organisation n’étaient pas les mêmes.
Ces 6 derniers mois le ministre camerounais des sports Narcisse mouelle kombi a été en conflit permanent avec le président de la fédération camerounaise de football Samuel Eto’o, est-ce qu’il n’a pas oublié de préparer ce championnat africain d’athlétisme ?
Personnellement je préfère garder au loin ou malheureusement ma place a été mise au Cameroun parce que je n’interviens dans aucun projet d’export au Cameroun. C’est dommage et c’est quelque chose que je décris. Aujourd’hui je me concentre tout simplement sur l’institut de de sport et d’éducation physique Françoise Mbango que j’ai ouvert à Yaoundé.
C’est dommage pour notre sport, j’ai un peu mal au cœur de voir que les acteurs du sport, ceux qui ont travaillé sur le terrain et qui ont apporté quelque chose d’exceptionnel, en l’occurrence moi, ne puisse intégrer ou participer ou contribuer au développement du sport au Cameroun. C’est dommage de voir le ministre des Sports et le président de la fédération de football… ils ont tout pour éviter ce genre d’attitude le ministre représente le gouvernement le président de la fédération camerounaise de football est unique est une icône du football mondial. Il faut trouver une possibilité pour que l’image du sport camerounais ne soit pas ternie par cela même qui devrait la porter.
Vous avez une double championne olympique qui n’intervient à rien dans le mouvement sportif camerounais, qui n’a aucune place, qui ne joue aucun rôle, qui ne sert à rien et vous voulez des résultats au niveau international ? il faudrait que le Cameroun profite de ses enfants qui sont prêts à se mettre au service du sport. Il n’y a pas que Françoise Mbango.
Il y a plusieurs sportifs qui ont l’expertise pour que ce soit utile à notre athlétisme.