MIPROMALO : les matériaux locaux, nouveau levier de souveraineté économique
La visite de la Directrice exécutive d’ONU-Habitat à la MIPROMALO met en lumière le potentiel des solutions camerounaises en matière de construction durable. Sous la conduite du Dr Likiby Boubakar, l’institution veut transformer la recherche en solutions industrielles et les ressources locales en véritables moteurs de croissance.
Et si la souveraineté économique du Cameroun commençait aussi par ses chantiers ? La question prend tout son sens à la lumière de l’intérêt manifesté par ONU-Habitat pour les innovations et les matériaux développés par la Mission de Promotion des Matériaux Locaux (MIPROMALO).
La visite de la Directrice exécutive d’ONU-Habitat auprès des responsables de la MIPROMALO n’a pas seulement été une séquence institutionnelle. Elle a surtout constitué une reconnaissance du potentiel camerounais dans un secteur stratégique : celui des matériaux de construction.
Au cœur de cette dynamique, le Dr Likiby Boubakar, Directeur général de la MIPROMALO, porte une ambition claire : faire des matériaux locaux un instrument de développement, d’industrialisation et de souveraineté.
Changer de modèle
Pendant longtemps, les matériaux locaux ont souvent été perçus comme des solutions alternatives, voire comme des produits destinés principalement aux constructions à faible coût.
Cette perception est progressivement appelée à évoluer.
L’enjeu, pour la MIPROMALO, est désormais de faire passer les matériaux locaux du laboratoire au marché, de l’expérimentation à la production et de la production à l’industrialisation.
Cela suppose de produire à grande échelle, d’améliorer la qualité, de standardiser et de certifier les produits, mais aussi de transférer les technologies et d’accompagner les acteurs économiques.
Autrement dit, il ne s’agit plus simplement de démontrer que le Cameroun peut produire localement. Il faut désormais démontrer que produire localement peut être économiquement rentable, techniquement fiable et industriellement compétitif.
Construire camerounais pour réduire la dépendance
Le secteur de la construction est directement concerné par les enjeux de souveraineté économique.
Lorsque les matériaux nécessaires à la construction sont majoritairement importés, une partie importante de la valeur créée échappe au territoire national. À l’inverse, la valorisation des ressources locales permet de stimuler les chaînes de production, de développer les compétences et de créer de nouveaux emplois.
C’est tout l’intérêt de la démarche engagée par la MIPROMALO.
Terre, bois, ressources minérales, savoir-faire et technologies développées localement : le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en produits capables de répondre durablement aux besoins du marché.
Cette orientation rejoint également les préoccupations liées au logement abordable et à la construction durable. Réduire les coûts, valoriser les ressources disponibles et proposer des solutions adaptées aux réalités locales constituent autant de réponses aux défis urbains auxquels sont confrontées les villes africaines.
Le signal fort d’ONU-Habitat
L’intérêt porté par ONU-Habitat aux initiatives de la MIPROMALO donne une dimension supplémentaire à cette dynamique.
Il rappelle surtout qu’une expertise développée au Cameroun peut répondre à des problématiques qui se posent bien au-delà des frontières nationales.
Logement accessible, urbanisation rapide, résilience des villes, réduction de l’empreinte environnementale et valorisation des ressources locales : les défis sont communs à de nombreux pays africains.
Pour la MIPROMALO, cette reconnaissance ouvre donc une perspective importante : celle de faire rayonner l’expertise camerounaise et de renforcer les possibilités de coopération autour des technologies et matériaux locaux.
Le pari du Dr Likiby Boubakar
À la tête de la MIPROMALO, le Dr Likiby Boubakar entend inscrire cette dynamique dans une logique de résultats.
Son ambition ne se limite pas à promouvoir les matériaux locaux. Elle consiste à leur donner une valeur économique, une crédibilité industrielle et une capacité à conquérir durablement les marchés.
Cette vision suppose de rapprocher davantage la recherche des entreprises, les innovations des besoins des consommateurs et les solutions techniques des réalités du terrain.
La MIPROMALO se retrouve ainsi au croisement de plusieurs enjeux : recherche, innovation, industrialisation, logement, emploi et souveraineté économique.
Produire local pour créer davantage de valeur
La bataille des matériaux locaux est donc loin d’être une simple question de construction.
Elle touche directement à la capacité du Cameroun à produire, transformer et consommer davantage ce qu’il possède.
Chaque matériau produit localement, chaque technologie valorisée et chaque compétence développée sur le territoire contribue à retenir davantage de valeur dans l’économie nationale.
Le défi est désormais de passer à l’échelle.
Car construire avec les ressources du Cameroun, ce n’est pas seulement construire autrement. C’est construire une économie plus autonome.
Et si les matériaux locaux devenaient finalement l’un des piliers de la souveraineté industrielle camerounaise ?
